Un chouette reportage est diffusé sur France5 au moment où je vous parle, et m'a rappelé une grande dame qui reçut le prix Nobel de la paix en 2004.


Yacouba Sawadogo (Clément Goutelle)

Imaginez un homme qui ne sait ni lire ni écrire, fils de paysans, dont on attend pas grand chose. Cet commerçant, à qui le chef religieux avait annoncé qu'il devrait un jour revenir à la terre lorsqu'il était plus jeune, eut en 1974, durant une forte sécheresse, l'idée de planter des arbres là où s'étendait le désert.

"Pour arrêter l’avancée du désert, planter des arbres lui est apparu comme une évidence. Armé de courage, de passion, de patience et de beaucoup d’espoir, il laissera sa moto de côté pour un retour à la terre, sans concessions. 

«  Pendant trois ans, j’ai parcouru à pied le désert autour de Gouga en essayant toutes les techniques possibles pour faire pousser quelque chose. Il n’y avait pas d’eau, pas d’herbe sèche, mais j’avais la certitude que ça allait marcher. » 

Là où les ONG et des millions d’investissements ont été engloutis par le sable, Yacouba va, au bout de trois ans, voir ses premiers arbres sortir de terre. Il venait de mettre au point le Zaï. A l’ombre d’un arbre, il confie son secret :

« J’ai contourné les pratiques ancestrales. Je fais un trou, je dépose le fumier et mets les semis en même temps. Les termites creusent des galeries profondes qui permettent une longue conservation de l’eau. »

Et, aux premières pluies, la magie opère.
[...]

L’époque où on évitait Yacouba «  le fou  » est révolue, on congratule maintenant «  l’homme qui a arrêté le désert  »  : « Les gens m’acclament comme un sauveur  », déclare-t-il, tout sourire.

Sa forêt s’étend actuellement sur 30 hectares. Et, il ne compte pas s’arrêter là :

« J’ai pour objectif d’atteindre les 100 hectares d’ici 2017, mais le maire ralentit l’extension. Il donne des permis de construire dans ma forêt. »

Car officiellement, rien n’est à Yacouba. A l’annonce de cette nouvelle, le docteur Jérôme Compaoré, ingénieur spécialiste en agriculture, député et directeur de cabinet de l’ancien premier ministre burkinabè Titus Zongo, s’insurge  :

«  Il nécessite plus d’attention de la part des dirigeants. On ne devrait pas lui mettre de bâtons dans les roues, seulement le soutenir et l’aider. C’est vraiment extraordinaire ce qu’il fait. Il a besoin d’être accompagné, car c’est un travail d’intérêt national. Il a pris un risque énorme pour lui et sa famille. Il a affronté la nature et réussi quelque chose de génial. Je vais faire en sorte d’alerter les autorités compétentes. » " Rue89

Le documentaire de Mark Dodd est visible sur le replay de France Télé mais aussi sur Blip.tv, à cette adresse.

Mais pourquoi parle-t-on tant de lui en ce moment ? Parce que les politiques, la ville et d'autres ont décidé de construire des lotissements sur ces terres gagnées contre le désert. Des bornes ont été posées, séparant en deux sa maison, la tombe de son père... Il est donc allé jusqu'aux États-Unis pour défendre sa terre, son droit à la vie, le travail de dizaines d'années, et faire reconnaître l'incroyable avancée et les savoirs engendrés.

Les Nations Unies ont été impressionnées par tout ce travail, et chacun de nous, en relayant cette information, peut agir contre les corrompus qui souhaiteraient raser la forêt pour construire toujours plus et continuer l'expansion urbaine irraisonnée.

De fait, les autorités ont renoncé à leur projet sur ses terres. Il peut continuer à enseigner ses pratiques. Et aller sur la tombe de son père pour lui raconter la beauté de sa forêt...

Cela m'a rappelé une belle histoire qui m'avait émue il y a presque 10ans : celle de Wangari Muta Maathai, biologiste kényane et professeur d'anatomie en médecine vétérinaire.

Fille de fermier, elle avait pu poursuivre des études grâce à l' esprit ouvert de ses parents. Première femme à obtenir une licence en biologie au Kenya en 1964, elle avait pu voyager, ouvrir encore un peu plus son esprit, et confronter ses idées face au monde et aux autres.

En 1977, elle créa La Ceinture verte et ne cessa depuis de planter des arbres, et d'encourager les femmes à plus de liberté, d'autonomie et de dignité, elle qui fut emprisonnée pour avoir dénoncé le juge qui, pour son divorce, déclara que son mari avait été incapable de la maîtriser, la ravalant au rang de bête indomptable.

Fière et généreuse, elle s'est éteinte à l'automne 2011, laissant sa Ceinture verte en cours de plantation, le bilan devant se faire en 2015. Elle était la voix des forêts, elle restera l'inspiration des femmes d'Afrique, et peut-être d'ailleurs...